Faire la différence entre autoritarisme et autorité

Nous sommes le fruit d’une longue histoire d’autoritarisme, cette autorité abusive, excessive, qui passe en force sans écouter l’autre et tenir compte des souffrances et des besoins ; un autoritarisme qui impose, contraint, oblige, soumet et qui punit. Que l’on regarde dans les plus hautes sphères du pouvoir politique ou économique, ou dans les familles et les écoles, partout l’autoritarisme a régné en maître pendant des siècles. Les serfs étaient soumis à leur seigneur, les travailleurs à leur patron, les femmes à leurs maris, les enfants à leurs parents…

La norme était de se soumettre, de serrer les dents et de ravaler sa colère. Les êtres oscillaient entre impuissance et contentieux souterrain. Parfois, la colère éclatait amenant chaos et violence mais aussi des percées de progrès sociaux comme pendant la révolution française ou la montée du syndicalisme à la fin du XIXème et au début du XXème siècle. Des dérives sont aussi apparues au fil du temps avec des rapports de force systématiques, des bras de fer devenus stériles, des envies d’en découdre, sources de blocages.

Depuis les année 70, l’autoritarisme cède du terrain à certains endroits. Les individus et le collectif demande à être respectés, à s’exprimer, à être écoutés, entendus… Avec l’avènement de l’ère digitale au début du XXIème siècle, la société civile est amenée à donner son avis et à reprendre du pouvoir. Des mouvements de transformation se développent comme l’intelligence collective, le management collaboratif ou participatif…

Une remise en question de l’autoritarisme, mais une autorité à réhabiliter

La remise en question de l’autoritarisme et de sa dimension excessive est une belle et bonne chose, attention simplement à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Ce bébé, c’est l’autorité ferme et juste, une autorité qui pose des limites constructives, qui garantit le droit de chacun à être respecté dans son intégrité physique, émotionnelle, psychique… et à vivre en paix. C’est une autorité qui dit oui ! à ce qui est porteur, mais qui sait s’affirmer et dire stop ! à ce qui ne respecte pas la vie, à ce qui abuse et à ce qui détruit.

Le risque serait en voulant en finir avec l’autoritarisme de renier toute forme d’autorité. Sans autorité, pas de limite, sans limite, pas de respect, et c’est reparti dans la répétition des cycles de violence et de chaos. 

Je fais ce constat à l’échelle des familles. Quand les parents ont très peur de reproduire un autoritarisme abusif dont ils ont souffert, ils rejettent cet autoritarisme, et, faisant l’amalgame, ils rejettent aussi l’autorité. Ils ont alors de grandes difficultés à mettre un stop – pourtant si nécessaire – à leurs enfants. Les enfants souffrent : ils ont viscéralement besoin de limites justes et constructives pour se structurer, pour se créer une colonne vertébrale. Ils cherchent les limites et à défaut de les trouver peuvent devenir des enfants-tyrans, développer des conduites à risque…

On ressent aussi le risque du rejet de l’autorité à l’échelle de notre société dans le développement d’attitudes irrespectueuses voir violentes vis-à-vis des forces de l’ordre, qui sont pourtant, comme leur nom l’indique, des instances ayant pour vocation d’exercer les rappels à l’ordre public nécessaires pour que chacun puisse vivre en sécurité et en paix dans notre société. 

Apprendre à poser une autorité ferme et juste quelle que soit la polarité dont nous venons

Que faire ? On ne peut changer que soi, mais ce travail intérieur est d’une portée très grande. Bien plus grande que ce que nous concevons en général. Alors, entraînons-nous à dire non ! à l’autoritarisme et oui ! à une autorité ferme et juste au coeur même de nos vies, là où nous sommes, là où des situations de ce type nous touchent. J’ai partagé dans un post précédent https://la-terre-et-les-etoiles.com/may-the-force-be-with-us/ une anecdote de ma vie quotidienne dans laquelle j’ai été amenée à pratiquer cette autorité au lieu de céder à la colère et à l’autoritarisme.

Peut-être exercez-vous un poste à responsabilité et avez-vous tendance à l’autoritarisme ? C’est alors très courageux d’apprendre à accueillir, à écouter, à inclure en souplesse… Peut-être subissez-vous une forme d’autoritarisme ? C’est aussi très courageux de travailler à sentir l’irrespect que cela représente et d’apprendre à vous affirmer pour faire respecter vos besoins dans de bonnes conditions. Le travail d’une personne qui s’entraîne jour après jour pour incarner le changement dans sa vie, situation après situation est un travail sacré. Comme des ronds dans l’eau, il vous touche, il touche les personnes autour de vous et il inspire à l’infini.

Je rêve que nous sortions des répétitions de l’histoire et que nous puissions évoluer sans avoir besoin d’en passer par le chaos et les souffrances. La clé est dans le travail intérieur. Celui à faire sur l’autorité me semble primordial pour notre avenir, celui de nos enfants et les prochaines générations.

Je vous souhaite beaucoup de bonheur à sentir votre verticalité et vous remercie pour vos résonnances, vos partages d’expériences, vos commentaires, vos questions…

Âmicalement, Emmanuelle

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2 Comments

  1. Merci pour ce partage. C’est un thème très peu traité .. et si pertinent. “On ne peut changer que soi, mais ce travail intérieur est d’une portée très grande”, cela me semble très juste aussi. Un plaisir de vous lire ! Bon weekend

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